Famine dans la Corne de l'Afrique
La Corne de l’Afrique est une péninsule d’environ 2 millions de km2, située à l’est du continent, qui compte plus de 90 millions d’habitants. Elle comprend le Kenya, Djibouti, l’Éthiopie, l’Érythrée, le Sud Soudan, l’Ouganda et la Somalie.
Elle connaît actuellement la crise alimentaire la plus grave de son histoire. Selon l’ONU, près de 12 millions de personnes, dont 2,3 millions d’enfants, sont concernées : 3,5 millions au Kenya, 3,2 millions en Éthiopie, 2,8 millions en Somalie, 120 000 à Djibouti, 600 000 en Ouganda.
Depuis 2010, la région connaît une chute historique de son taux de précipitations. Selon les organisations humanitaires, ces deux années de sécheresse sont les plus graves depuis 60 ans. Dans certaines régions les précipitations seraient inférieures de 30 % à celles des années précédentes.
Les secteurs de l’élevage et de l’agriculture, premières ressources économiques de cette région, sont sinistrés. L’absence de pluie a pour conséquence directe une raréfaction des produits. Les récoltes, peu abondantes, ne suffisent pas à nourrir l’ensemble de la population. Ceci a conduit à une hausse record du prix des céréales de bases qui, à son tour, aggrave un peu plus la pénurie alimentaire. L’augmentation est de 25 % à plus de 200 % pour certaines céréales. Les champs sont secs et le bétail meurt, décimé par la faim et la soif. Dans certaines régions, le taux de mortalité du bétail atteint 40 à 60 %.
Les conditions de vie, déjà critiques, des populations sont de plus en plus alarmantes. Les morts se comptent déjà par dizaines de milliers. L’ONU estime que la situation ne devrait pas connaître d’amélioration avant 2012. Les organisations présentes sur place constatent une hausse du taux de malnutrition aiguë (taux le plus élevé depuis 2003 dans certaines régions), ainsi que celui du taux de malnutrition aiguë sévère, de forme mortelle. C’est en Somalie que la situation est la plus inquiétante : le pays a le niveau de malnutrition le plus haut au monde. On estime qu’en Somalie, un enfant sur dix risque de mourir de faim. Le choléra commence également à se développer. Les organisations humanitaires souhaitent éviter une épidémie.
Les populations n’ayant plus accès à l’eau et à la nourriture fuient leurs villages pour trouver de l’aide auprès des organisations humanitaires dans les camps de réfugiés. Ils n’hésitent pas pour cela à franchir les frontières. Au Kenya, le plus grand des camps de réfugiés du monde, Dadaab, ouvert depuis 1991, accueille près de 400 000 personnes, atteignant ainsi plus de 300 % de sa capacité d’accueil. Depuis le début de la sécheresse, ce camp déjà surpeuplé accueille plus de 1 800 nouveaux réfugiés par jour. Les camps de Dolo Ado en Ethiopie accueillent 2 000 personnes supplémentaires par semaine. Ces nouveaux réfugiés sont des Somaliens qui fuient également à cause des conflits persistants qui agitent le pays. 31 500 Somaliens ont trouvé refuge en Ethiopie ces cinq derniers mois, portant leur nombre total à 111 000. La Somalie connait actuellement un gigantesque mouvement de population en direction des pays frontaliers où sont situés les camps de réfugiés. Un quart de la population somalienne vit hors des frontières du pays.
La Somalie soufre d’une situation politique extrêmement instable depuis l’effondrement du régime dictatorial, conduit par le général Mohamed Siad Barre, en 1991. Le pays est en état de guerre civile depuis 20 ans. Plusieurs tentatives ont été faites pour ramener la paix et instaurer un gouvernement représentatif de l’ensemble de la population, sans succès jusqu’à présent. La Somalie, dont deux régions sont contrôlées par les islamistes, reste la proie d’intenses guerres tribales qui rendent le travail des organisations humanitaires difficile, voir impossible. Pour en savoir plus
De nombreuses organisations humanitaires sont déjà présentes sur place, mais face cette situation de crise plus sévère de jour en jour, elles ont besoin de déployer leurs actions et lancent un appel à la mobilisation internationale. Cette région requiert une aide immédiate afin d’enrayer la crise alimentaire, mais aussi une aide à long terme afin d’aider les populations à relancer la production des ressources nécessaire à la vie quotidienne. Les organisations humanitaires ont identifié les points les plus urgents : apporter une aide alimentaire aux populations, assurer l’accès à l’eau potable, prendre des mesures d’assainissement de l’eau, enrayer la hausse excessive des prix des denrées alimentaires, réduire la mortalité du bétail, freiner les déplacements massifs de populations.
Jacques Diouf, directeur général de l'ONU pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), estime que 1,6 milliard de dollars, soit 1,1 milliard d'euros, seront nécessaires dans les 12 mois, et 300 millions de dollars dans les 2 mois. L’Organisation, à travers son Fonds central pour les interventions d''urgence (CERF) participe au financement des opérations à hauteur de 51 millions de dollars. La Banque mondiale a décidé d’intervenir à hauteur de 500 millions de dollars et le programme alimentaire mondial (PAM) a mis en place un pont aérien alimentaire en direction de la Somalie. L’Union européenne a annoncé une aide de 100 millions d’euros. La France participe à l’aide internationale à hauteur de 10 millions d’euros. Selon l'Office de coordination des affaires humanitaires de l'ONU, il manque encore 1,14 milliard de dollars, soit 837 millions d'euros, pour couvrir les besoins des pays les plus touchés.
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